LES CORSES AU SERVICE DE LA RUSSIE

Jean Maiboroda

Portrait équestre de Catherine II, Tsarskoïe Selo , Palais Catherine , 1762





En dehors de Charles André Pozzo Di Borgo, le plus célèbre et le plus emblématique, d'autres Corses se sont mis au service de la Russie.
Nous reproduisons ci-après un extrait tiré de "LA CORSE MILITAIRE"  ( Site  
de Jean-Noël POIRON dédié à l'histoire militaire de la Corse et des Corses ).
https://sites.google.com/site/tirailleurscorses/home/les-corses-au-service-des-tsars


 
Quand on parle des Corses au service de la Russie, on pense immédiatement à Charles André POZZO di BORGO (1764 - 1842) qui fut général au service du Tsar Alexandre et finit sa carrière politique au service de Louis XVIII & Louis-Philippe. Or il semblerait que les tentatives de rapprochement de la Corse et de la Russie remontent au règne de la Grande Catherine II.
En avril 1770, la Tsarine Catherine II proposait à Pascal PAOLI, réfugié à Londres un asile & une pension. Le Général de la Nation déclina l'invitation. Catherine voulait poursuivre l'expansion commencée sous le règne de Pierre 1°. La Russie disposait d'une ouverture sur la mer avec la Baltique et cherchait à s'ouvrir sur la Méditerranée à défaut de ne pouvoir le faire sur la mer Noire et la mer Caspienne. Il semblait normal que la Cour de Russie s'intéressât à la Corse.
De leur côté, les Corses en exil en Toscane étaient prêts à se mettre au service du monarque qui rendrait la liberté à leur île.
 
En 1774, alors que la flotte Russe fait escale à Livourne, les fugitifs Corses prennent attache avec l'amiral Alexis ORLOV, frère du favori de la Tsarine. Ces rapprochements sont mentionnés dans deux courriers du Chevalier BERTELLET, consul français à Livourne.
Ainsi, le 19 juillet :"On m'assure que les chefs de ces fugitifs s'étaient présentés en dernier lieu à M. le général-comte ORLOV à Pise pour lui demander son appui et de leur accorder la protection de sa souveraine, mais que ce général avait reçu très froidement leurs propos et leur avait refusé tout net l'un et l'autre".
 
Et le 19 novembre, alors que Clemente PAOLI faisait courir le bruit que le général-comte ORLOV lui ait fait la promesse de l'aider et de les faire tous passer au printemps en Corse. BERTELLET écrit : "Cela, vrai ou faux, exprime assez clairement ses vues."
Ces tentatives de rapprochement entre les Corses & la Russie vont se manifester à nouveau comme l'indique dans sa correspondance au Foreign Office Lord HERVEY, qui écrit de Florence le 2 septembre 1788 :
"Le consul UDNY vient de m'informer que les officiers Russes qui sont maintenant en Toscane ont donné de grands encouragements aux Corses résidant ici pour entrer au service de sa Majesté Impériale et que quelques uns l'ont fait. En conséquence, j'ai demandé une liste de ceux-ci pour pouvoir vous la transmettre, car je suppose qu'ils ne figureront plus sur la liste des pensionnés Corses".
 
À cette date, l'Angleterre pensionne encore des Corses, certainement ceux qui sont partis se battre à Gibraltar et Minorque.
L'abbé ROSSI, écrit à la même période, qu'Angelo FRANCESCHI corsaire au service de Malte :"fut demandé avec d'autres Corses par le gouvernement russe, où il fut promu colonel pour son mérite et son honorabilité".
 
Deux documents tirés des archives russes et publiés en 1885 dans la Revue de la Révolution, sortis de l'oubli en 1934 par le professeur AMBROSI établissent qu'en octobre 1789, "deux Corses, dont l'un est lieutenant-colonel de l'armée française et l'autre fonctionnaire de l'administration civile de l'île de Corse" ont remis à l'ambassadeur russe à Paris, un mémoire offrant le protectorat de la Corse à Catherine II. Ces plénipotentiaires prétendent exprimer le sentiment de compatriotes nombreux et influents. Ce projet d'alliance, bien que peu concevable avait bien dû être évoqué dans certains milieux Corses.
Et il sembla suffisamment réalisable, pour inquiéter Mathieu de BUTTAFOCO qui déclarait devant l'Assemblée Nationale le 21 janvier 1790 :
"On doit s'empresser de tranquilliser l'île de Corse si on veut la conserver. Les Moscovites cherchent un établissement en Méditerranée. Ils profiteront des troubles pour s'introduire en Corse, et les Corses se donneraient plutôt au diable qu'à la République de Gênes".
Preuve qu'à cette époque la Corse se cherchait encore, et que Gênes n'avait pas abandonné ses prétentions sur la suzeraineté de l’île.
 
En 1800, des exilés de Toscane provoquèrent une nouvelle insurrection dans le but de placer la Corse sous la protection de Paul 1°. Cette insurrection, bien que partielle fut sévèrement réprimée. On n'y vit à l'époque qu'une intrique ourdie à la Cour du Piémont, avec la complicité du Consul de Russie de Livourne. Ce soulèvement empêcha toutefois le débarquement que les Français préparaient en Sardaigne et qui devait employer les troupes stationnées dans l'île. Il est de fait que cette révolte en empêcha la réalisation.
Des Corses se sont donc tournés vers la Russie.  S'ils y prirent du service, c'est à titre individuel et non pas sous la forme d'unités spécifiques, même si le Tsar prit à son service des unités formées d'émigrés, dont la plus célèbre fut la Légion de CONDE.

- Angelo FRANCESCHI, corsaire paoliste, il commande le felucone L'Intraprendente. Correspondant de PAOLI pour les affaires de Malte, il devient Colonel au service de la Russie sous la Révolution.
 
- Marco PERALDI, né à Ajaccio en 1752, Colonel de la Garde Nationale en 1790. Député à la Législative l'année suivante, émigré à Palerme, organise un soulèvement pour faire passer l'île sous l'autorité du tsar.
À son décès, son action est poursuivie par BATTESTI, officier au Royal-Corse, qui a émigré en 1791 et qui bénéficiant du soutien de POZZO di BORGO, a trouvé refuge à Moscou.